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Les mines d'anthracite

L'exploitation de l'anthracite à Grône est une histoire pour elle-même, tant elle est riche en péripéties audacieuses, prometteuses et désespérantes, tout au long de son siècle d'existence, de 1858 à 1957, entrecoupé d'extractions plus au moins actives, souvent déficitaires, en temps de paix et, rentables durant les deux périodes de guerre mondiale.

 

Le territoire de Grône, supputé anthraciteux, est partagé en 1858 en 4 concessions, accordées par le Grand Conseil. Les premières extractions de charbon alimentaient les fours à chaux et complétaient les combustibles destinés au chauffage domestique. Les concessionnaires, avec des moyens rudimentaires, exploitaient les filons les plus faciles et les plus superficielles.
 

Entrée de la galerie supérieure de la mine
d'anthracite de Réchy, rive gauche, exploitée
par Herbst, Besse et Parisod de 1858-1875) 

L'invention de la dynamite va profondément transformer les entreprises artisanales en consortiums miniers qui, par des moyens financiers et techniques, creusent de longues galeries  à travers les filons d'anthracite, explorent le sous-sol en profondeur, établissent des plans géologiques et repèrent les bans de charbon parallèles se prolongeant à l'infini sous la montagne. L'arrivée du chemin de fer, dès 1868, facilite les transports en gare de Granges et dynamise les entreprises exploitantes comme les Forges d'Ardon,  les entrepreneurs concessionnaires: Louis Calpini à Sion, Schwéry et Tissières à Saint-Léonard, Genetti et Bérard à Ardon; la Compagnie des mines d'anthracite  du Bassin du Rhône.

La guerre de 1914-1916, la rareté des combustibles suscitent des financiers à s'intéresser aux gisements carbonifères de Grône. Mais ils durent ajouter à leurs capitaux de l'audace, beaucoup de courage et de  volonté pour réussir dans leurs entreprises et compter sur des ingénieurs, des contremaîtres spécialisés dans les travaux miniers et de la main d'oeuvre paysanne qui ne demandait qu'à être utile. 

 

Station de téléférage de la
centrale de triage de l'anthracite
aux Ettreys (ph. 1921)

 

En 1920-1921, la Compagnie des mines remplace les transports de l'anthracite par charrois, des Ettreys-Grône à la gare CFF de Granges, par un téléférage traversant la plaine et franchissant le Rhône jusqu'aux silos construits en bordure de voies ferrées. Ce téléférage, à double voie, porté par des pylones en bois ronds, est démonté en 1935, à l'expiration de la concession.
Aux années, pendant lesquelles les charbons du Valais étaient appréciés, succèdent celles de la mévente provoquée par les importations.

Pour surmonter ses difficultés,  la S.A. des Mines d'anthracite  (SAMA)  et pour mieux vendre ses poussiers de charbon, construit aux Ettreys, en 1924, une fabrique de boulets et de briquettes adossée à une haute cheminée en briques rouges pour l'évacuation des fumées et des gaz. Celle-ci, conservée après la fermeture des mines en 1957, se voit encore bien loin à la ronde et reste le témoin et la mémoire fidèle  d'un siècle d'extraction d'anthracite à Grône.

Après une exploitation d'entretien et de surveillance durant plusieurs années, la guerre de 1939-1945 fait espérer la réouverture des mines des Ettreys-Grône. Dès 1940, la Compagnie des Mines met en fonction les installations, reboise les galeries, renouvelle  les voies souterraines de transport, achète une locomotrice électrique pour tracter les trains de wagonnets. Elle parvient en 1941 à livrer 548 wagons de 10 tonnes d'anthracite. En 1942, la concession est reprise par la société simple:  Mine de Grône I qui est mise en concurrence avec la Mine de Grône II détentrice d'une concession d'exploitation à Coujon-Grône. Elles prennent une extension rapide et livrent  mensuellement 1700 tonnes en moyenne, ce qui ne suffit pas à la demande malgré l'augmentation des ouvriers qui passent de 220  au début de l'année à 330 en décembre 1942 et à plus de 500 ouvriers et ouvrières durant les années de 1945 et 1946.  Années où la production vendue atteint annuellement 44'000 tonnes. Des mineurs sont recrutés dans les communes voisines de Lens, Icogne, St-Léonard, Nax et Chalais,  mais aussi des ouvrières occupées au triage de l'anthracite déplacé sur tapis roulants. Elles ne travaillent pas dans les galeries, mais s'activent sur le carreau de la mine en faisant de nombreux travaux masculins: déplacements et basculement des vagonnets, chargement des concasseurs, fabrication des boulets, etc., pour 80 cts à 1 franc de l'heure.
L'anthracite de Grône et ses agglomérés sont vendus dans toute la Suisse, mais surtout en suisse allemande, aux fabriques de ciments, aux fonderies, aux industries les plus diverses, aux revendeurs de charbon, qui ont consommé de 1941 à 1947 plus de 180'000 tonnes livrées par les deux mines de Grône.

En 1947, il faut déchanter. Lors de la capitulation de l'Italie  un important tonnage de charbon allemand, qui lui était destiné, était resté en Suisse et l'introduction du contingentement du charbon indigène entraînent une crise minière, fatale à la Mine de Grône II qui arrête son exploitation. Par contre la Mine de Grône I, qui occupe encore 260 ouvriers, ouvrières et produit 1800 tonnes par mois, supporte  cette crise assez facilement, par la bonne gérance des affaires, la bonne qualité et l'exploitation plus facile  de son charbon. Grâce à l'entregent et la tenacité des deux propriétaires, Dr Alfred Ganz et Maurice Gay, cette mine continue l'exploitation en dépit de la fermeture de toutes les autres mines du canton et occupe une cinquantaine d'ouvriers jusqu'en 1957. En décembre, les commandes habituelles n'ayant pas été renouvelées, la Mine de Grône I annonce sa fermeture définitive, après avoir occupé le 2ème rang, précédée par les Mines de Chandoline, des producteurs  d'anthracite du Valais.

Après un siècle d'activité, tour à tour mouvementée, trépidante, cahotique, latente, désespérante, ruineuse, les mines d'anthracite de Grône sont livrées aux souvenirs... les plus heureux comme les plus mitigés, assombris par la cohorte des silicosés.

 

Hommage aux travailleurs des mines de Grône

Les mineurs quittaient le jour et s'enfonçaient dans les galeries, explorées sur plus de 3 km., lampes à carbure à la main pour sonder et exploiter, filons capricieux et abatis sournois, tendus d'embûches. Leurs efforts n'étaient pas toujours couronnés de succès car les entrailles de la terre ne livrent pas si facilement leurs secrets et leurs trésors. 
Mais leur ardeur était d'autant plus renouvelée, leur joie et leur satisfaction d'autant plus grandes, lorsqu'à leur sortie à la lumière du jour, ils pouvaient aligner de véritables trains de berlines regorgeantes de minerais convoités. Deux cents tonnes et plus  par jour prenaient la direction des centres urbains et industriels de la Suisse. 

 

 

Trieuses à la mine d'anthracite
Mine Grône II. De g. à dr.
Anaïs Bruttin, Olga Bruttin, Edith
Torrent, Cécile Bruttin, Cécile
Ballestraz, Philomène Morard,
Renée Vuissoz (ph. 1942)

Honneur à ces humbles et intrépides travailleurs de la nuit, qui tout comme l'agriculteur, l'industriel ou le soldat ont accompli, à leur poste souterrain, le devoir qu'exigeait d'eux le pays alors isolé et privé de ses importations houillères habituelles.

Culture des champignons

L'entreprise des Mines des Ettreys s'est ajointe une culture des champignons de Paris, obtenus au début dans les anciennes galeries d'extraction, puis par la suite dans des serres spécialement conçues pour obtenir des cueillettes s'échelonnant sur toute l'année. Champignons aux frêles têtes blanches, arrondies et veloutées, cotoient les charbons au coeur dur, jouissent et prospèrent à leur douce chaleur.
Contraste du noir et blanc... image des hommes. 

 

 

 

 

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